Nong Khiaw, mardi 7 février 2012

Silence radio pendant les 4 jours passés à Nong Khwai où je n'ai fait que buller sur la terrasse au-dessus de la rivière pendant que Denis gambadait dans la montagne. Il faut dire qu'avec le temps et l'insuffisance respiratoire, j'ai quelque peu perdu mes facultés caprines. Nous avons rencontré des gens sympathiques, notamment une jeune femme (moins de 30 ans) qui voyage seule depuis 15 mois  et envisage de continuer encore 5 mois,  jusqu'à épuisement de ses économies. Elle est allée en Inde, Népal, Birmanie, Thaïlande, Laos, Cambodge, Indonésie, Malaisie. Nous avons également rencontré un québécois accompagné d'un guide rencontré par hasard à Luang Prabang et qui l'a emmené dans sa famille dans la montagne. Ce jeune laotien de 23 ans était moine bouddhiste dans son petit village à 13 ans. A 15 ans, il a demandé à ses parents à quitter le temple pour faire des études. Devant le refus de ses parents, il est parti seul, pieds nus, jusqu'à Luang Prabang où il a commencé ses études. Il a encore 3 ans à faire avant d'avoir un diplôme d'ingénieur en informatique, tout en travaillant dans une guest-house où il se fait exploiter par un négrier étranger (qui lui a gardé son téléphone portable quand il est parti quelques jours avec un client). Belle rencontre. Vu aussi un très sympathique canadien francophone de l'Ontario. Pour moi, ces rencontres sont mon plus grand plaisir dans les voyages.


On a tort de ne jamais lire les règlements des hôtels affichés dans les chambres. Dans notre dernière GH, on pouvait lire à l'article 6 (en anglais) : il est interdit d'amener une prostate (au lieu de prostituée) dans la chambre et d'y tourner des films pornos. Cela me rassure sur mon niveau d'anglais, je n'ai pas à avoir de complexe ici (en tout cas, je respecte le règlement et n'apporte pas ma prostate).


Ce matin, nous avons repris un bateau inconfortable (encore plus que le précédent) pour une heure de navigation jusqu'au village de Muang Ngoi (Muang signifie « village »). L'écrin de montagne avec le ruban de rivière est un vrai cadeau. L'envers du décor a été la recherche d'un hébergement, à 13 h en plein soleil. Nous avons arpenté toute la route (piste) traversant le village à la recherche d'une guest-house. On s'est séparé avec Denis pour chercher chacun de son côté mais les occupants d'un bateau parti quelques minutes avant le nôtre ont raflé toutes les chambres. Partout, on entendait le même refrain : Full ! Denis a fini par trouvé la dernière chambre dans un bungalow en bois et bambou. Ce n'est pas tout à fait sur la rivière mais c'est quand même sympathique. Et c'est à côté du temple où Denis pourra faire sonner le gong à loisir, si on ne l'enferme pas (le gong ou Denis ?). La douche devra être prise avant la nuit pendant qu'il fait encore chaud car ici, il n'y a que 3 h d'électricité par jour (18 à 21 h) et pas d'eau chaude. On va encore robinsoniser. Je posterai donc mon blog plus tard.
Je viens de m'apercevoir qu'on est dans un village « à coqs ». Donc pas d'inquiétude pour le réveil !


Nous pensons rester là environ 2 jours avant de continuer vers le nord. Je devrai être de retour à Luang Prabang le 13 où je resterai 2 jours avant de prendre un avion pour Chiang Mai en Thaïlande où j'ai pris la précaution de réserver une chambre dans la même GH que l'année dernière.

Muang Ngoi, mercredi 8 février 2012
Ce ne sont pas les coqs les plus redoutables la nuit, c'est le froid passant à travers les murs en bambou tressé et les lattes disjointes du plancher. Même avec 2 couvertures et un gilet, j'ai grelotté toute la nuit. De plus, le matelas était dur comme du bois. Je ne suis pas encore prête à concurrencer Robinson Crusoé. Donc ce matin, pendant que l'homme gambadait dans la montagne, la femme s'est mise en quête d'un hébergement hermétique. Il n'y en a pas beaucoup, on ne peut donc être difficile.  La douche est toujours froide (malgré le double du prix de la précédente GH) mais j'espère pouvoir dormir. Bien sûr, comme dans toute l'Asie du sud-est, il ne faut pas espérer une couche moelleuse, mais on verra bien.
Ce matin était jour de marché qui n'est que tous les 10 jours. On y voit des paysannes vendant leur production de 5 salades ou quelques fruits sauvages. Je peux comprendre que certains profitent de la manne touristique pour s'enrichir avec des cabanes faites de bric et de broc.


J'ai fait quelques rencontres en jouant seule. D'abord, ma voisine américaine (de l'Alaska, elle ne doit pas être très dépaysée) parlant parfaitement français qui s'est essayée au Scrabble en français. Puis au restaurant, un français retraité qui voyage plusieurs mois par an en Asie et vient pour la 5ème fois au Laos, notamment dans le nord qu'il adore. Ensuite, un de ses « amis » de voyage s'est joint à nous,et enfin il a accueilli un couple de retraités allemand charmant et francophone. 


Je ne sais toujours pas si nous partons demain car il doit y avoir suffisamment d'inscrits pour louer un bateau et remonter plus au nord. Ce sera la surprise. De toute façon, la région est magnifique, même sans bouger de la terrasse. Et puis, on se désintoxique de l'ordinateur, du téléphone et de l'électricité. Bon, c'est bien mais il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps.

Muang Khua, jeudi 9 février 2012
Jusqu'à ce matin, nous ne savions pas si nous pourrions partir car nous étions inscrits sur la liste des candidats au départ pour Muang Khua et le bateau ne part que s'il y a assez de passagers. Nous sommes passés au bureau de vente des tickets et, miracle, nous étions 7 inscrits ; il s'en est même ajouté un 8ème au dernier moment. La remontée de la Nam Ou dure 5 heures avec de nombreux rapides. Il y a eu un incident lors d'un arrêt « technique ». Pour descendre sur la berge (une plage sauvage), nous devions enjamber notre bateau (une grande barque) pour passer par une petite  barque amarrée au bord. Au moment du passage d'un italien corpulent, les deux embarcations se sont écartées et l'homme est tombée dans l'eau. Ce n'est pas très grave car il n'y a pas de profondeur sur la rive mais, outre ses vêtements et son appareil photo mouillés, il a perdu ses lunettes. Les enfants du petit village, attirés par ces touristes stationnant là, sont arrivés. Quand on leur a dit ce qui se passait, il se sont déshabillés en 2 secondes et ont plongé sous l'eau pour essayer de retrouver les lunettes dans de grands cris et battements de bras et de jambes, prenant plaisir au jeu. Le résultat a été un grand soulèvement de vase et pas de lunettes retrouvées. Heureusement, comme on dit, les italiens sont des français de bonne humeur (ou le contraire) et après avoir ouvert son bagage pour se changer, l'homme est remonté sur le bateau sans histoire.


Après 5 heures de navigation, cette fois j'étais dans un des 4 confortables fauteuils d'avion nous sommes arrivés au petit village de Muang Khuaw juché en haut d'une côte cruelle à mes bronches. Heureusement que j'avais mon sherpa. Le choix de guest-houses est très rapide : il n'y en a que 3 ou 4. Ce n'est pas le Ritz mais au moins il y a de l'eau chaude et de l'électricité, mais pas de wifi.


Comme nous étions affamés, nous nous sommes retrouvés à 16 h dans un des rares restaurants pour une collation. Nous n'étions pas les seuls ; nous avons passé 2 heures avec un italien plus italien que nature (des Pouilles) et une jeune française infirmière randonneuse en voyage pour 4 mois. Elle est tombée sous le charme du nord du Laos qui est totalement différent du sud, ne serait-ce que par le climat dû à la montagne et les paysages grandioses. Nous avons également été séduits par une petite fille d'environ 3 ans, à couettes, qui avait chaussé les chaussures de sa mère et nous faisait une danse locale avec de gracieux mouvements de mains. Ensuite, elle nous a fait une démonstration de compte jusqu'à 10 en lao et en anglais.


Denis a repéré une randonnée à faire demain, conseillé par une jeune française randonneuse. Comme le remarquait Franco, l'italien, il y a énormément de français en voyage au Laos.

Muang Khua, vendredi 10 février 2012
Ce matin, comme d'habitude Denis est parti en randonnée après le petit déjeuner. Je suis partie de mon côté de chaque côté du village où se côtoient les maisons modernes en dur et les masures traditionnelles en bambou tressé. Les habitants sont essentiellement chinois et vietnamiens. Une autre curiosité du village est que le bac est presque aussi long que la largeur de la rivière qu'il traverse. Il sera bientôt inutile car un grand pont est en cours de construction un peu plus loin, finan cé par les chinois comme presque toutes les infrastructures laotiennes.


J'ai rencontré mes nouveaux amis : un petit garçon et une très petite fille qui a pris la pose, les mains derrière la nuque, dès que j'ai voulu la photographier.

J'ai également croisé une jeune femme écossaise qui m'a demandé où elle pourrait louer une moto. Je l'ai revu au restaurant à midi où elle m'a proposé un trek de 2 jours où il fallait être au moins deux personnes inscrites. Bien sûr, je lui ai expliqué mon incapacité à ce genre d'exercice. Denis l'a également rencontrée et lui a acheté les yuans qu'elle avait rapporté de Chine.


Je me suis installée à la terrasse du restaurant surplombant la rivière vers 11 h et j'en suis repartie à... 18 h. J'ai d'abord joué à mes jeux (scrabble et rummycub) puis j'ai discuté tout l'après-midi avec un français stéphanois, enseignant retraité, en voyage de longue durée à travers l'Asie. Nous avons refait le monde et Denis nous a rejoints 2 heures avant de repartir en balade. C'est amusant et un peu frustrant ces rencontres de voyage ; on sympathise puis on se sépare avec peu de probabilité de se revoir.


Demain matin, nous partons à 7 h pour prendre un car nous menant à Oudomxay, noeud routier d'où Denis partira vers la frontière chinoise et moi vers Luang Prabang où je passerai 2 jours avant de m'envoler vers Chiang Mai en Thaïlande. Je pourrai enfin poster mon blog (car ici, s'il y a l'électricité, il n'y a pas de wifi).